Página dedicada a mi madre, julio de 2020

Extraits du Cahier III

1941

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⌈1⌉ L´ātman – que l ´âme d´un homme prenne pour corps tout l´univers. Ait avec tout l´univers le même rapport que celle d´un collectionneur à sa collection, d´un des soldats qui mouraient en criant «Vive l´Empereur» à Napoléon. L´âme se transporte, hors du corps propre, dans autre chose. Qu´elle se transporte dans tout l´univers.

Ce n´est pas seulement son devoir, mais sa nature. Démonstration: on aime n´importe quoi seulement pour soi-même (le je est la seule valeur). ⌈Dès lors⌉ le je ne saurait être fini, il y a la dimension du monde.

Le je est aussi grand que le monde; tous les sons se rencontrent dans l´oreille, etc. (Un orchestre, et ligne unique du phonographe; mais le tympan…)

S´identifier à l´univers même. Tout ce qui est moindre que l´univers est soumis à la souffrance ⌈étant partiel et par suite exposé aux forces extérieures⌉.

J´ai beau mourir, l´univers continue. Cela ne me console pas si je suis autre que l´univers. Mais si l´univers est à mon âme comme un autre corps, ma mort cesse d´avoir pour moi plus d´importance que celle d´un inconnu. De même mes souffrances.

Que l´univers entier soit pour moi, par rapport à mon corps, ce qu´est le bâton d´un aveugle, pour l´aveugle, par rapport à sa main. Il n´a réellement plus sa sensibilité dans sa main, mais au bout du bâton. [Lecture] 1

Il y faut un apprentissage.

Il s´agit en somme de perdre la perspective. (Est-ce que les préoccupations chinoises de lévitation et de perspective aérienne en peinture ne répondent pas aussi à cela?)

Mais comment, alors, continue-t-on à agir comme homme particulier? Thème de la Gītā.2

La souffrance précisément fait perdre l´univers (par exemple la douleur physique). Mais on sait qu´il continue à exister. On le sait, mais on n´est pas bien sûr. Il s´agit de devenir tel qu´on en soit sûr. Rien de plus. Cela suffit.

   Les vœux qui sont réalité sont voilés par l´irréel; ils sont, mais l´irréel les masque. C´est ainsi que l´homme, si l´un des siens vient à mourir, n´a plus le moyen de le voir. Mais tous les siens, vivants ou morts, tout ce qu´il souhaite sans l´obtenir, tout cela, il le trouve là en descendant en soi; car là existent les désirs qui sont réalité, mais que voile l´irréel.3

Si on descend en soi-même, on trouve qu´on possède exactement ce qu´on désire.

Si on désire tel être [mort], on désire un être particulier; c´est donc un mortel; et on désire cet être-là, cet être qui.., que.., etc.; bref, cet être qui est mort, tel jour, à telle heure. Et on l´a – mort.

Si on désire de l´argent, on désire une monnaie [institution], quelque chose qui ne peut être acquis que par…, par…, donc on ne le désire que dans la mesure où…; dans cette mesure l´a.

La souffrance, le vide, est en de tels cas le mode d´existence des objets du désir. Qu´on écarte le voile d´irréalité, et on verra qu´ils nous sont donnés ainsi.

Quand on le voit, on souffre encore, mais on est heureux.

⌈3⌉ Trouver l´ātman «engagé dans les ténébreuses complexités (?) du corps».4

La pluralité n´est pas;
Il court de mort en mort,
Qui croit voir la pluralité dans l´univers. 5

Grèce.

La parole de Platon: «il ne faut pas faire l´un trop vite» s´applique aussi à la recherche du Bien (de Dieu – de l ´ātman – du Tao – etc.).

Il ne faut pas faire l´un sans passer par le ὁπóσα. [Combien de…, quel nombre].

En Inde aussi certainement, passage par le ὁπóσα.

En quoi consiste-t-il?

  Cet espace qui est à l´intérieur du cœur, c´est là qu´il demeure, maître de tout, souverain de tout, seigneur de tout. Il ne se grandit pas par de bonnes actions ni ne se diminue par de mauvaises.6

Au-delà du bien et du mal. Il faut l´interpréter sans doute comme la formule taoïste: Celui qui a la haute vertu n´a pas de vertu, et c´est ainsi qu´il a la vertu. Celui qui a une vertu ordinaire a de la vertu et c´est ainsi qu´il n´a pas de vertu. 7

Se détacher aussi de la vertu. En perdre conscience.

Souverain bien négatif

Danger d´une autre interprétation (où semblent tendre plusieurs textes). ⌈Ce qui semble tout à fait absent, c´est l´idée de passion. L´incarnation.⌉

On aime un époux, une épouse, etc., toutes choses pour soi.8

Idée capitale: Restreindre son amour au sujet pur, et l´étendre à tout l´univers.

C´est la même pensée que celle des stoïciens (j´emporte avec moi tout ce que je possède).9

[4] Les choses précieuses à juste titre sont des μεταζú ⌈intermédiaires⌉.

Changer le rapport physique entre soi et le monde (physique, est-ce le mot propre?), comme par l’apprentissage, l’ouvrier change le rapport physique entre soi et l’outil. (Le marin entre soi et le bateau.) Blessures: c’est le métier qui rentre dans le corps. Que toute souffrance fasse rentrer l’univers dans le corps.

L’Outil fait perdre un mode de sensibilité, le remplace par un autre. On ne sent pas sa fatigue, sa souffrance: on sent la fraise appuyer sur la pièce, comment elle appuie. Tous les métiers reposent sur des transports de sensibilité. Levier – en se baissant, on sent qu’on lève.

Habitude, habilité, transport de la conscience dans un objet autre que le corps propre.

Que cet objet soit l’univers, les saisons, le soleil, les étoiles.

Qu’on sente l’espace.

Brahman est espace.

Giotto.

Le rapport entre le corps et l’outil change, dans l’apprentissage. Il faut changer le rapport entre le corps et le monde.

Changements dans la durée.

On ne se détache pas, on change d’attachement. S’attacher à tout.

Cela qu’on hait, on pourra parvenir à l’aimer. Sentir sa haine jusqu’au bout. Savoir ce que l’on hait.

Par chaque sentiment, en descendant, joindre l’ātman.

Qui hait?

Ce n’est pas moi qui suis là. C’est vrai. Ce n’est pas moi. Ce n’est pas moi qui suis en ce point de l’espace.

À travers chaque sensation, sentir l’univers. Qu’importe alors que ce soit plaisir ou douleur? Si on a la ⌈5⌉ main serrée par un être aimé, revu après longtemps, qu’importe qu’il serre fort et fasse mal?

Un degré de douleur où l’on perd le monde. Mais après, l’apaisement vient quand on le retrouve. Et, si le paroxysme revient, l’apaisement revient ensuite aussi.

Ce degré même, si on le sait, devient attente de l´apaisement, et par suite ne coupe pas le contact avec le monde.

Ce contact est la joie.

Rythme. Dans tout mode de vie, il y a un rythme à aimer. Toute vie, si artificielle soit-elle, est liée à la rotation diurne du ciel et aux saisons, sans quoi on mourrait. Par ce rythme, on reste lié au soleil et aux étoiles. Les sentir à travers ce rythme, comme par un bâton d’aveugle.

On ne choisit pas les sensations. Mais on choisit (sous la condition d’un apprentissage) ce qu’on sent à travers elles. Large part de choix. Exemples.

Ne pas franchir trop tôt les μεταζú. Grande règle. Ou on oublie que ce sont des μεταζú, ou on les franchit trop tôt.

La douleur est un μεταζú.

La mort… (une certaine manière de croire à l’immortalité lui ôte son efficacité de μεταζú).

Tout ce qui arrache.

Il ne faut pas lutter contre, au contraire. Ainsi l’amour dans le Phèdre […]

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[9] Il y a deux manières de changer pour autrui la manière dont il lit les sensations, son rapport avec l’univers: la force (celle dont la guerre est la forme extrême) et l’enseignement. Ce sont deux actions sur l’imagination. La différence est qu’il ne s’associe pas à la première (il réagit seulement) et il s’associe à la seconde.

Peut-être que: par l’usage de la force on peut abaisser les autres, ou empêcher qu’ils ne soient abaissés; on ne peut les élever que par l’enseignement.

Il y a une troisième manière, le beau (l’exemple).

Peut-on combiner la première à l’une des deux autres?

Il n’est ⌊peut-être⌋ permis de faire qu’un usage négatif de la force.

Différence entre l’esprit de la Bhagavad-gītā et celui de la légende de Jeanne d’Arc, différence capitale: il fait la guerre quoique inspiré par Dieu, elle fait la guerre parce que inspirée par Dieu.

(Penser Dieu, aimer Dieu, ce n’est pas autre chose qu’une certaine manière de penser le monde.)

La guerre est le prestige par excellence. Le maniement des armes peut avoir pour objet de mettre fin au prestige (Marathon), ou d’installer un prestige durable (Empire romain). Dans le premier cas il y a une contradiction interne, dans le second, non. Une fois les armes mises à nu, la domination du prestige est installée; la non-résistance n’est qu’un moyen privé de Dieu. Le contact avec la force, de quelque côté qu’on prenne contact (poignée ou pointe de l’épée) prive un moment de Dieu. De là la Bhagavad-gītā. La Bhagavad-gītā et l’Évangile se complètent.

Aussi y a-t-il quelque chose d’essentiellement faux dans l’Ancien Testament (certaines parties), comme aussi dans l’histoire de Jeanne d’Arc; ces voix font partie du prestige. Jehovad aussi.

Si juste soit la cause du vainqueur, si juste soit la cause du vaincu, le mal que fait soit la victoire, soit la défaite, n’est pas moins inévitable. Espérer y échapper est défendu. C’est pourquoi le Christ n’est pas descendu de la croix et ne s’est pas même souvenu, au moment le plus douloureux, qu’il ressusciterait. C’est pourquoi l’autre n’a pas déposé les armes et arrêté la bataille.

N’est-il pas vrai peut-être que la conquête n’est pas autre chose qu’une mauvaise manière de chercher l’ātman identique au brahman? L’homme a besoin d’être seul dans l’univers pour être identique à l’univers. (Mais s’il est seul en supprimant les autres, sa perspective est la seule.) J’ai le droit de m’approprier toutes choses, et les autres y font obstacle. Je dois prendre les armes pour écarter cet obstacle. Mais cette appropriation peut être regardée comme infinie – ou comme finie, si quelque chose de fini, par exemple un champ, fournit l’équivalent de l’univers. Dans le second cas, je n’ai pas de raison de ne pas vouloir ⌈11⌉ que les autres possèdent l’univers sous forme d’un objet fini, ces objets finis devant avoir des rapports harmonieux. Je ne veux alors infliger à l’ennemi qu’un dommage limité, mais je ne puis, car l’usage des armes enferme l’illimité. ⌈…⌉

⌈14-15: Chāndogya-upaniad, VIII, 3⌉

⌈16⌉ CU, VIII,3. Perdre quelqu’un: on souffre que le mort, l’absent, soit devenu de l’imaginaire, du faux. Mais le désir qu’on a de lui n’est pas imaginaire. Descendre en soi-même, où réside le désir qui n’est pas imaginaire. Faim; on imagine des nourritures; mais la faim elle-même est réelle; se saisir de la faim.

La perte du contact avec la réalité, c’est le mal, c’est la tristesse. Il y a des situations qui causent cette perte, privation, douleur. Le remède est de prendre le besoin même comme intermédiaire pour atteindre la réalité. La présence du mort est imaginaire, mais son absence est bien réelle; elle est désormais sa manière d’apparaître […]

[28] […] [Début de Bhad-ārayaka-upaniad [I, 3, 2-16]: il y a du bien et du mal dans la voix, le souffle (prāa), la vue, l´ouïe, le manas, mais non dans le souffle qui est dans la bouche (āsanya prāṇam); les asura [démons], voulant le percer du mal, périrent; la mort a été par lui chassée au bout du monde. Puis il transporte au-delà de la mort la voix, d´où le feu; le souffle, d´où le vent; la vue (l´œil), d´où le soleil; l´ouïe, d´où les régions de l´espace; le manas, d´où la lune.] […]

[53] […] Gītā. Deux sens possibles? Tuer en soi-même les maîtres, les amis, les parents? Mort intérieure.

Tuer est toujours se tuer. Deux manières de se tuer, suicide (Achille) ou détachement.

Il y a une troisième manière de tuer, c´est de ne pas savoir que ceux qu´on tue existent – sinon comme chose-à-tuer. (Reste de Iliade; Espagne.)

Tuer par la pensée tout ce qu´on aime; seule manière de mourir. Mais seulement ce qu´on aime.

Ne pas désirer que ce qu´on aime soit immortel.

Ceux que tu vas tuer sont mortels.

Devant un être humain, quel qu´il soit – ne le désirer ni immortel, ni mort […]

[58] […] Le “souffle de la bouche” (dans les upaniṣad), non transpercé du mal comme le souffle du nez (odorat), la parole, la vue, l´ouïe, la pensée (manas), n´est-ce pas ce qui est actif – (jouant le rôle de l´effort chez Maine Biran)? […]

[63] […] [“Souffle”, “souffle qui est dans la bouche” dans les upaniṣad; technique respiratoire du yoga (sur laquelle je ne sais rien), forme de la même idée?

Associer le rythme de la vie du corps (la respiration y mesure le temps) à celui du monde (rotation des étoiles), sentir constamment cette association (sentir, non pas simplement savoir), et sentir aussi l´échange perpétuel de matière par lequel l´être humain baigne dans le monde.

Ce que rien ne peut ôter à un être humain, tant qu´il vit – comme mouvement où la volonté a prise, respiration (hors de cela, ou transformations organiques sur lesquelles, sauf exception, la volonté n´a pas prise, ou mouvement des membres que des chaînes peuvent empêcher), comme perception, l´espace (même dans un cachot, même les yeux et les tympans crevés, tant qu´on vit, on perçoit l´espace).

Attacher à cela les pensées dont on désire que nulle circonstance ne puisse priver.]

[64] Sentir sa durée propre est aussi le temps du monde.

Considérer l´idée (dans les upaniṣad) du mérite des œuvres qui s´épuise. (Mérite correspondant aux seules bonnes actions.) Font monter, mais élévation limitée, et au bout d´un temps limité descente.

Les difficultés morales réelles ne ressemblent jamais aux abstraites ou imaginaires, parce que dans celles-ci il n´y a pas plusieurs lectures, les données étant fournies par hypothèse.

Difficulté réelle, choix des lectures.

[Chercher la Kena-upaniṣad. Brahman, connu des insensés, inconnu des sages.]

[Kaṭhaupaniṣad. Ātman: maître du char – Corps: char – Buddhi: cocher – Manas [impulsions?]: rênes – Sens: chevaux – Objet des sens: routes – Soi, sens et impulsions réunis: celui qui goûte (jouit)]

[Chez insensé, sens hors de contrôle [sens, prāṇa?]. ]

[L´homme qui a la raison pour cocher et tient ferme les rênes du manas va à Viṣṇu.] […]

Deux compagnons sur le même arbre; l´un dévore le fruit, l´autre le regarde.

Rouler le ciel comme une peau (un tapis).

MuṇḍakaU.

Oṃ: arc – ātman: trait – brahman: but. Id. III, II, 3, grâce.

(Arc, i.e., μεταζú.)

Comme les rayons dans le moyeu, à l´endroit précis où les canaux se joignent à l´intérieur… (ainsi l´ātman) […]

[68] Sauf si on est ermite dans les forêts, et sans recevoir d´aucun être humain ce qui est nécessaire à la vie, on a beau s´élever au-dessus des μεταζú, on reste dans la sphère du bien et du mal par les rapports avec ceux des autres qui s´y trouvent. Le problème du bien et du mal ne peut donc disparaître dans le mouvement ascendant.

Bien chanter le son o.

Dharma [devoir]. Mais…?

Dans une situation donnée, toute action possible comporte une certaine proportion de bien et de mal, ou plutôt, la proportion n´étant pas mesurable, un certain mélange. Le dharma est une règle pour le choix du mélange convenable à un homme. Ainsi Rāma, faire du mal à son épouse plutôt qu´à son peuple, quoiqu´il sache que l´épouse est dans le vrai et le peuple dans le faux, mais parce qu´il est roi. La même règle lui fait tuer le śūdra.

S´il pense qu´il est mal de tuer le śūdra, il faut savoir s´il est possible d´établir peu à peu un autre équilibre stable où un śūdra puisse agir ainsi sans châtiment. En attendant, il doit le tuer.

Mais cela n´est bon que dans une société stable. Ces gens n´ont pas fait de règles pour les sociétés instables.

Que devient le dharma dans un pays conquis? Les devoirs envers le conquérant? (S´informer.)

Si le peuple avait désiré que Rāma sacrifie, sur une fausse accusation, un homme vil? Non.

[69] En Inde, quel est, dans chaque μεταζú, la notion centrale? Saveur pour la poésie. Pour l´art militaire? Le cambriolage?

Rāma. Non-intervention. Ce n´est pas lui qui agit en chassant sa femme, en tuant le śūdra, c´est le peuple. Un roi doit se conformer à l´imagination du peuple. Oui mais dans quelle mesure? Avec quelles limites?

Si l´accomplissement du dharma enveloppe des injustices – ce qui est toujours le cas – il faut alors être prêt à commettre la même injustice, pour le dharma, contre ce qu´on aime le plus.

La vue claire du mal, souffrir jusqu´ à la défaillance physique.

Gītā. Faut-il en conclure que la fuite hors du monde des brahmanes âgés n´est pas le déliement du dharma; c´est simplement leur dharma; et par suite mélangé de mal, comme tous les autres? Seulement ce mal ne les souille pas; les rois non plus, au même niveau.

Si l´épouse de Rāma n´était pas au même niveau que lui, ce mal s´attacherait à elle, quoique innocente – et non à lui.

MāṇḍūKyaupaniṣad. Quatre états. Quatre aussi dans Platon. Mais, en apparence, rien de commun.

Veille. Conscience tournée vers l´extérieur. | Rêve, conscience tournée vers [70] l´intérieur. | Sommeil profond, sans désir ni rêve, conscience recueillie en soi- même. | Conscient ni de l´extérieur ni de l´intérieur ni des deux; ni conscient ni inconscient, uniquement conscient de soi (???), insaisissable: l´ātman.

Représenté par A-U-M et l´ensemble des trois.

Si la veille est l´ensemble des rapports pratiques avec le monde, régis par les besoins; le rêve, la passion, désir et colère; le «sommeil profond», l´intelligence intuitive; le quatrième état, l´équilibre des trois, il y a accord […]

L´évocation des biens temporels dans les upaniṣad (Puissé-je!…- Il… celui qui sait ainsi), moyen de tourner l´énergie vitale vers le meilleur?

| homme/ombre | cela/ceci | ātman/prāṇa |

La nourriture.

Taittirīya – Rejetant le mal dans son corps.

Aujourd´hui, analogie entre respiration et combustion. Dans l´Inde antique, entre respiration et sacrifice. C´est la même analogie, le même lien entre l´homme et le monde – et quelle différence!

Roue, rayons et moyeu […]

[71] Des actes qui élèvent et abaissent, comme les mouvements du gouvernail de profondeur dans un avion, indirectement. Mais qu´en sait-on? Comme on sait que la géométrie a une application technique, par l´expérience?

Oui, mais expérience singulièrement limitée. Car je ne vais pas me mettre, par exemple, à voler pour voir l´effet du vol sur l´âme.

L´observation d´autrui doit suppléer, mais c´est difficile.

Qu´est-ce qui, là-dedans est a priori, qu´est-ce qui est a posteriori? Kant n´aide que faiblement à s´en rendre compte. Les upaniṣad n´aident |pas | guère. La Gītā, non plus, car le dharma

Il m´est permis d´accomplir une action si je peux l´accomplir sans m´abaisser. Oui, mais si je fais du mal à autrui?

Mais, précisément, savoir (savoir de toute son âme!) qu´autrui existe réellement, c´est ce qui est le plus précieux et le plus désirable.

On s´enferme dans la bouteille en limitant l´effort à la lutte contre les fantômes intérieurs ou en lui accordant le premier plan. Ces fantômes sont seulement des voiles.

Niveaux de lectures, lectures superposées.

Par quel effet de la providence suppose-t-on que les actions de moi qui font du mal à autrui (comme malheur) n´en font aussi à moi (comme péché)?

Mes actions augmentent ou diminuent l´épaisseur du voile qui me sépare de l´univers et des autres. Comme les gestes par lesquels je manie un outil […]

[74] […] «Ce n´est pas ātman qui agit, c´est la nature.» Toute action qui a réellement eu lieu se laisse réduire à un jeu de nécessités, sans qu´il reste aucun résidu qui soit la part du moi (peut-être?). Mais on a compris ce jeu ou non.

Celui qui a compris agit autrement. Plusieurs jeux.

Si Lawrence n´avait pas réfléchi dans sa tente…

Le vent et le courant, les vagues, le gouvernail, les voiles seuls déterminent la marche du bateau. Mais celui dont le pilote a compris vogue autrement.

À voir le bateau, on ne peut dire à coup sûr que le pilote a compris, mais, le cas échéant, on peut dire à coup sûr qu´il n´a pas compris.

Gītā. L´explication est peut-être qu´il n´a plus le choix. Les deux armées sont face à face. Sa responsabilité envers les siens lui interdit de les abandonner aux armes ennemies. (Pourquoi?) Son désir de ne pas combattre est tout à fait irréel, ne peut pas (plus?) mordre sur le réel sous forme d´action.

[75] Dans une situation donnée, certains désirs (certaines pensées) peuvent, prenant forme d´action, mordre sur le monde; d´autres ne peuvent pas, mais seulement avoir des conséquences autres que leur but. (Ex. non pas se battre, mais se battre mal.)

Chercher des exemples (Il y en a beaucoup).

La délibération ne doit jamais être qu´entre les premiers. Les autres sont à rejeter dans l´imaginaire (réels seulement en ce lieu où sont les désirs réels voilés par le faux). Mais Retz: c´est la marque d´un grand esprit que de savoir distinguer l´extraordinaire de l´impossible.

Les situations dont parle Retz, où, dit-il, on ne se place que par sa faute, mais où, une fois qu´on y est, quoi qu´on fasse, on ne peut que faire mal. La Gītā concerne apparemment une situation de ce genre. Elle enseigne que même dans une telle situation le salut est là, si, tout en agissant, on rejette l´action au-dessous de soi, et si on aime Kṛṣṇa.

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Il ne passe guère de temps à démontrer à Arjuna qu´il doit combattre, parce que dès avant l´entretien il est hors de doute qu´Arjuna combattra. Délibération intérieure comme il y en a beaucoup (toutes?). Arjuna n´en est plus au moment [76] du choix. Quel est le moment du choix?

Presque toujours, le moment de la délibération ne coïncide pas avec celui du choix. On délibère quand on a déjà choisi, ou peut-être, plus rarement, quand on n´est pas encore en mesure de choisir.

Ce n´est pas toi, c´est la nature qui tue ces gens. (Peut-être y a-t-il eu seulement défaillance de pilotage?) Il ne faut pas en tirer: tout est permis. (Comment?)

Y a-t-il des actions qu´on puisse faire sans désirer le succès, et d´autres qu´on ne puisse pas faire ainsi? Ce critérium permet-il de distinguer entre les actions? Ce n´est pas si sûr.

Faire une part à l´injustice, limitée, exigée par l´ordre social. Mais quelle part? C´est donc la question […]

[78] Comme pour l´erreur et la pensée claire et distincte, il y a des pensées d´action qui, si on les fixe du regard de l´âme en suspendant son jugement, s´évanouissent comme des bulles d´air (elles ne peuvent influer sur les mouvements du corps que dans les ténèbres de l´âme), d´autres qui au contraire passent alors dans le réel en mordant sur la réalité par l´intermédiaire du corps.

[Il y a des degrés dans la clarté et la fixité du regard de l´âme; c´est donc là un résumé.]

L´impulsion de pitié d´Arjuna, au moment où elle est apparue dans son âme, était apparemment de la première espèce.

Il est déchiré entre la pitié et la nécessité du combat. Après avoir vu Viṣṇu sous sa vraie forme (et il ne l´aurait, semble-t-il, pas vu s´il n´avait été déchiré), la seconde pensée demeure seule. Quel autre critérium?

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Gītā et la légende de Jeanne d´Arc. Combattre les Anglais était le dharma de Jeanne d´Arc, quoique femme et bergère (si on prend le système des castes en un sens strictement social), mais c´était la nature qui agissait ses actions (prakṛti), non Dieu (ātman). (Gītā, XII, 29) On ne peut pas abaisser Dieu jusqu´à en faire un partisan dans une guerre. De même dans l´Ancien Testament. Dieu y est partisan. Dans Iliade, les dieux sont partisans, mais Zeus prend sa balance en or.

[79] Un acte pur (la pureté dans l´action étant comprise ainsi, comme dans la pensée) ne fera-t-il aucun mal à autrui? (Comme Rāma n´en a fait aucun au śūdra en le tuant.) Rien de moins sûr. Il y faudrait un arrangement providentiel. Pourquoi le supposer? Tout ce qu´on peut dire est que l´intention, au sens le plus fort, est de faire le moins de mal possible, tout considéré, et compte tenu des nécessités. Un mal que je ne puis éviter d´accomplir, sinon en en accomplissant un autre plus grand, ce n´est pas moi qui l´accomplis, c´est la nécessité. [Faire le bien n´est pas donné à l´homme, seulement écarter du mal.]

Le nœud est dans la comparaison des maux. Balance intérieure. Balance juste, comment?

Mais Arjuna n´en était plus au moment où l´on pèse sur la balance. Sur le champ de bataille, ce moment était dépassé par le cours du temps.

Balance d´or de Zeus, symbole à deux fins. Symbole de la nécessité aveugle, symbole de la décision du juste. Union de ces deux symboles, mystère.

L´esprit en son degré le plus haut imite en quelque sorte la matière; absent de ses pensées et de ses œuvres. Mystère suprême.

La pureté dans l´action et le temps – le moment. Enfoncer la pointe de l´action dans le cours du temps

[80] […] Gītā. Noter que le dharma, dépendant de la caste, donc de la naissance, donc de l´incarnation précédente, dépend d´un choix antérieur. Ce n´est pas qu´on n´ait pas le choix, mais que, si on se place à un moment donné, on n´a plus le choix. On ne peut plus faire autre chose; il est vain de rêver à faire autre chose; mais il est bon de s´élever au-dessus de ce qu´on fait.

[81] Par là on choisit, pour plus tard, quelque chose de meilleur.

Le moment de pitié d´Arjuna, c´est du rêve. Sa défaillance avant de tuer est comparable à la défaillance avant de mourir. À un moment donné on n´est pas libre de faire n´importe quoi. Il faut accepter aussi cette nécessité interne. Accepter ce qu´on est, à un moment donné, comme un fait, même la honte [...]

Vie et mort des autres. Être heureux qu´il y ait des êtres pensants autres que soi; grâce essentielle. Désirer la mort d´un être humain, c´est refuser cette grâce (cf. Créon). Mais être heureux, aussi, d´être mortel, qu´ils soient mortels; pour soi-même et pour eux, au même degré. Ne jamais désirer sa propre mort, mais l´accepter.

Le suicide n´est permis que quand il est seulement [82] apparent, quand il y a contrainte et qu´on a pleinement conscience de cette contrainte. De même pour l´usage de la force. C´est contrainte, non grâce, prakṛti, non ātman.

Choix illusoire. Quand on croit qu´on a le choix, c´est qu´on est inconscient, enfermé dans l´illusion, et on est alors un jouet. On cesse d´être un jouet en s´élevant au-dessus de l´illusion jusqu´à la nécessité, mais alors il n´y a plus de choix, une action est imposée par la situation elle-même clairement aperçue. Le seul choix est celui de monter […]

L´action ainsi accomplie est un levier. Peutêtre mène-t-elle à des situations meilleures – où le devoir est moins mêlé de mal. Peut-être seulement.

On n´est pas souillé par les actions dont on est ainsi absent (ainsi, car il y a une autre manière d´être absent), bien qu´elles soient mélangées de mal.

Il faut être également absent du bien.

Agir non pas pour quelque chose, mais parce qu´on ne peut pas faire autrement.

Balance juste; c´est le corps qui est la balance, car à chaque moment il ne peut faire qu´une action. Il est [83] une balance juste quand l´attention est égale.

Maintenir la paix constitue une action méthodique sur l´imagination des hommes. Quand cette action n´a pas été accomplie, la paix n´est plus là, et le désir qu´on en a est faux, sinon dans cette région de l´être où sont les désirs réels enveloppés de faux. La seule question est la part qu´on y prendra. Cette part dépend du karman.

Il est facile, là, de se tromper, comme il est facile de mettre le mot qui ne convient pas au point culminant d´un poème; et l´erreur crée un nouveau karman.

Celui qui est présent dans le mal qu´il fait sera présent aussi dans le mal qu´il souffre. Celui qui n´est pas présent dans le mal qu´il fait sera d´une certaine manière absent du mal qu´il souffre, même dans la sueur de sang, la supplication vaine, et l´angoisse de l´abandon.

Souffrir le mal est affreux quand on y est présent. Ovide. Enfer.

L´inverse aussi est vrai; celui qui est présent dans le mal qu´il souffre sera présent aussi dans le mal qu´il fera.

Penser le bien public comme on pense une figure de géométrie […]

[86] […] Illusion. Non pas que les choses nous fassent croire qu´elles sont réelles, car elles le sont en un sens. Mais elles nous font croire qu´elles sont réelles autrement qu´elles ne le sont.

Elles nous font croire qu´elles existent plus ou moins les unes que les autres, notamment.

Puisse l´univers tout entier, d´un caillou à mes pieds jusqu´aux lointaines étoiles, avec tout ce qui se trouve entre, exister pour moi à tous moments autant [87] qu´Agnès pour Arnolphe ou la cassette pour Harpagon.

Second corps. Le bâton d´aveugle en est un exemple, la cassette d´Harpagon un autre.

Que tout l´univers | devienne | pour moi un second corps dans les deux sens.

On n´y parvient que par une transformation méthodique de soi-même.

C´est par l´action – une certaine action, non immédiate, exigeant un apprentissage – que le bâton d´aveugle devient un prolongement du corps.

C´est par le désir ( Ἔρως) que la cassette d´Harpagon devient un prolongement du corps.

Désir non rassasié, insatiable par lui-même. L´impossibilité de le rassasier en est la vérité, l´espoir de le rassasier est le faux. Les belles choses frappent le cœur de cette impossibilité. Posséder tout l´univers et chaque chose comme Harpagon sa cassette sans en être rassasié. On posde alors le non-rassasiement. (Et en même temps posséder tout l´univers et chaque chose comme un capitaine son navire.) Le non-rassasiement essentiel est un contact avec une autre réalité, une possession d´une autre sorte.

Chaque désir, si on y porte l´attention, satisfait (relativement) ou non, est un chemin vers le non-rassasiement.

[88] «Alors, s´élevèrent d´immenses clameurs, et tous les êtres, et tous les désirs.»

Īṣāupaniṣad.

«En plus de ténèbres», s´attacher à ce qui n´est pas de ce monde, et croire le penser, penser quelque chose en en parlant, alors qu´on subit, dans sa chair et dans son âme (l´âme vivante), non la mort proprement dit, mais un équivalent, une blessure portée par la nécessité qui fait éprouver qu´on est mortel. Il faut mourir – non se suicider, mourir, être tué, non littéralement, mais presque, sentir du fait des choses extérieures le froid de la mort.

«Par le savoir on se nourrit d´immortalité.» Résurrection. Quand on a senti le froid de la mort – à moins qu´on ne se hâte de l´oublier, ou qu´on en soit glacé – on passe au-delà, et le même univers devient un breuvage d´immortalité.

Non-devenir et devenir. Même opposition renversée (si ces termes sont bien traduits). [Cf. CU. L´univers fut d´abord non-être; puis il devint être; puis il se développa; samabhavat.] Le devenir est [89] le côté positif de l´ignorance, le non-devenir le côté négatif de la connaissance. Plus de nuit en s´attachant à la connaissance seule qu´en n´y ayant pas accès. Plus de nuit en s´attachant au devenir seul qu´en n´y ayant pas accès.

Par la dissolution ayant traversé la mort.

Par le devenir il mange l´immortel. Le devenir même est sa nourriture immortelle.

C´est parce qu´on croit à cette illusion qu´on souffre la mort. En souffrant la mort consciemment on dissipe l´illusion, et on retrouve alors la réalité […]

De l´illusion à la souffrance mortelle.

De la souffrance mortelle à la conscience de l´illusion […]

Double mouvement. Cercle. Retour à l´inférieur transfiguré.

Le monde est sa nourriture immortelle.

Double passage de la mort. Privation des créatures; privation de l´être séparé, absence de Dieu. «Mon Dieu, pourquoi m´as tu abandonné?» Mort par la non-connaissance, mort par le non-devenir.

Ceux qui assassinent ātman. Quiconque souhaite que ce qui est ne soit pas (Marc Aurèle). Quoi encore? – Tout désir tue ātman.

Passé, présent, futur – Les trois yeux de Śiva.

Contre l´atomisme. Pas d´autre vide que le non-manifesté.

[90] Tchouang-Tseu. «Ne faisant rien, il n´est rien qu´Il ne fasse.»

Celui qui sait, ce n´est pas celui pour qui toutes choses sont devenues ātman; c´est au contraire celui pour qui ātman est devenu toutes choses.

Śaṅkara. «L´action, n´étant pas opposée à l´ignorance, ne peut l´éloigner, mais la connaissance dissipe l´ignorance comme la lumière dissipe les ténèbres.»

L´action bonne ne mène pas à la connaissance, mais en découle. (?)

A-U-M. Le quatrième, s´il n´est pas exprimé par une lettre, est-ce parce qu´il est inexprimable, ou n´est-ce pas plutôt parce qu´il est le rapport des trois? (Platon, la justice.) Les trois états correspondent peutêtre assez bien à l´hydre, au lion et à l´homme.

Le plus haut étant impensable, pour le penser, il faut le penser par le pensable. Il faut un lien. Les mathématiques en fournissent un modèle.

Śaṅkara, ignorance: lien des passions, des affections terrestres – exactement comme Platon. Ce sont les voiles (nuages) sans lesquels ātman brille au loin de sa propre splendeur.

Arjuna s´est arrêté avant d´agir. C´est pourquoi son action est bonne. S´arrêter n´est pas hésiter. Deux manières de s´arrêter.

Ésot[érisme] musulman – fanâ – extinction (nirvāa), et plus haut fanâ el fanâi, extinction de l´extinction. Est-ce le retour au monde?

[91] «S´imaginant d´abord qu´il est l´âme vivante, l´homme devient effrayé comme une personne qui prend par erreur un morceau de corde pour un serpent; mais sa crainte est éloignée par la certitude qu´il n´est pas en réalité cette âme vivante, mais Atmā même.» […]

[106] Gītā. Volonté attachée aux fruits: rajas. Livrée aux émotions: tamas.

La question d´Arjuna.

[Bhagavadgītā, II, 54b. Texte en devanāgarī et transcription]

Celui qui possède la lumière, comment parle-t-il? Comment s´assoit-il? Comment marche-t-il?

[Celui dont la pensée est stable, comment parle-t-il? Comment s´assied-il? Comment marche-t-il?]

C´est la vraie question.

[Les objets des sens disparaissent d´abord, puis la sensibilité.]

Remarquer qu´il est dit du yogin: regarder du même œil amis et ennemis, etc. non pas n´avoir ni amis ni ennemis.

[BhG, VI, 20. Texte en devanagārī et transcription]

Quand la pensée (cit) s´arrête suspendue par le yoga, et que l´homme découvre ātman [soi], [il] trouve sa satisfaction en soi.

C´est toujours le temps qui
est au premier plan.

[BhG, VI, 26. Texte en devanāgarī et transcription]

Toutes les fois que le manas [le mental] remuant, mobile, prétend s´extérioriser, chaque fois il faut le réfréner et le ramener en soi à la soumission.

[BhG, VI, 25b. Texte en devanāgarī et transcription]

Ayant obligé le manas [mental] à demeurer dans l´ātman [soi], il ne faut plus penser à autre chose?

ou: [il faut], s´enferment en soi, ne plus penser.

[BhG, VIII, 12. Texte en devanagārī et transcription]

Emprisonnant en soi la faculté de percevoir (?), retenant en soi le souffle vital…

[Ayant clos toutes les portes et enfermé le mental dans le cœur, ayant fixé son souffle dans la tête, il maintient la concentration vers l´union.]

Ne pas lire? [sens de manas?]             

 Images du soleil
vacillant dans l´eau
sans s´affecter les unes
les autres, ni le soleil.

[107] Quelque existence que conçoive celui qui meurt, c´est celle-là qu´il vit – un jour de Brahmā, mille yuga [ère du monde].

Deux puruṣa [esprit] un destructible, un indestructible; un troisième est supérieur aux deux.

«Tu verras tous les êtres en toi-même, puis en moi.» Refus de l´objet comme μεταζú vers la réalité de l´objet, laquelle n´est pas donnée.

Quel est le secret que la nature est sur le point de dire, quand on la regarde comme on regarde une statue grecque? Ce n´est pas ce qu´enseigne la science, et pourtant ce n´est pas sans rapport avec l´enseignement de la science.

Chaque chose reflétée, transposée dans chaque autre […]

[122-123] [BhG, XVIII, 45-49. Texte en devanāgarī et transcription]

C´est en s´attachant chacun à sa tâche propre que les hommes atteignent la perfection; écoute comment.

C´est en honorant par l´activité qui lui est dévolue l´être d´où vient l´impulsion de la vie et par lequel tout cet univers a été déployé, que l´homme trouve la perfection.

Mieux vaut accomplir, fût-ce médiocrement, son devoir propre qu´assumer, même pour l´accomplir en perfection, la tâche qui appartient à un autre. On ne contracte aucune tache à accomplir le devoir que sa nature assigne à chacun.

Il ne faut pas, ô fils de Kuntī, se dérober à l´acte, même s´il apparaît coupable, qu´impose à chacun sa naissance; car comme le feu se mêle de fumée, toute activité se mêle d´imperfection.

L´esprit libre de tout attrait, maître de soi, affranchi de tout désir, s´élève par le détachement à la perfection suprême qu´est la suppression de l´acte.

[BhG, XVIII, 57. Texte en devanāgarī et transcription]

Ne voyant que moi, rapportant à moi en pensée toutes les actions, tendant l´effort de ton intelligence, demeure toujours l´esprit de moi.

[BhG, III, 35b. Texte en devanāgarī et transcription]

Plutôt périr en persévérant dans son dharma [devoir]; le dharma d´un autre n´apporte que malheur.

[BhG, IV, 20b-21b. Texte en devanāgarī et transcription]

Si affairé qu´il puisse être, en réalité il n´agit pas.

N´accomplissant les actes qu´avec le [seul] corps, il ne contracte aucune souillure […]

[125] [BhG, XVIII, 59-60. Texte en devanāgarī et transcription]

Muré dans l´égoïsme, tu dis: je ne veux pas combattre. Ta résolution sera vaine, la natura t´y contraindra.

Ô fils de Kuntī, étant lié par ton propre karman, né de ton propre être, tu seras obligé inévitablement [tu le feras malgré toi-même] d´accomplir ce que par ignorance tu ne désires pas faire.

YUDH, combattre.

[(59-60) Quand, esclave de la pensée propre, tu refuses de combattre, ta résolution est vaine; ta nature intime l´emportera | lié, ô fils de Kuntī, par la tâche innée, ce que dans ton erreur tu te refuses à faire, tu le feras, fût-ce contre ton gré.] […]

[128] [BhG, IV, 18. Texte en devanāgarī et transcription]

[? Celui qui peut voir l´inaction dans l´action et l´action dans l´inaction, celui-là est sage parmi les hommes; il est équilibré alors qu´il agit l´action]

[Qui dans l´action sait voir la non-action et dans la non-action l´action, celui-là a le discernement du sage parmi les hommes, il a réalisé l´unité, il est l´agent universel des actes.]

[BhG, XIII, 29. Texte en devanāgarī et transcription]

|La matière même accomplissant toutes les actions ……….. (?)

[Celui] qui voit ātman n´agit pas, celui-là voit. |

[Qui voit que partout les actes sont l´œuvre de la seule prakṛti et que le soi n´est pas l´agent, celui-là voit.]

[129] [CU, VII, 22. Texte en transcription]

C´est seulement quand on saisit le bonheur qu´on sacrifie. On ne sacrifie pas quand on éprouve l´absence de bonheur, mais quand on éprouve le bonheur.

Il faut désirer connaître le bonheur.

[CU, VII, 12, 7-9 Texte en transcription]

[On appelle brahman l´espace extérieur à l´homme – même que celui intérieur à l´homme – même que celui au-dedans du cœur. Plein, immuable.]

[Ce qu´on appelle brahman est cet espace à l´extérieur de l´homme. Et cet espace à l´extérieur de l´homme est celui-là même qui est à l´intérieur de l´homme. Et cet espace à l´intérieur de l´homme est celui-là même qui est au-dedans du cœur. C´est la plénitude, l´immuable.] […]

[130] [CU, III, 19, 3a. Texte en transcription]

Puis ce qui naquit (?) fut le soleil. À sa naissance (?), des clameurs s´élevèrent immenses, et tous les êtres et tous les désirs […]

[151] [Textes de Īśā.U et BĀU]

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